Réalisateur : William Klein

Pays : Allemagne

Année : 1972

Madchen die nach Munchen kommen

Mädchen die nach München kommen (« les filles qui viennent à Munich », sous-titré dans certaines versions Vie sexuelle de la ville olympique) est un film qui ressort à un genre cinématographique qui a eu sa petite heure de gloire dans les années soixante-dix, le comédie sexy allemande. Mêlant humour grivois et érotisme, ce cinéma populaire mettait en scène de jolies jeunes filles choisies davantage pour leurs appâts que pour leurs talents d’actrices, et plus souvent recrutées sur les posters centraux des magazines de charme que dans les cours de théâtre. On y trouve toutefois également des comédiennes qui auront une tout autre carrière, comme la belle Christina Lindberg, présente dans ce film et qui deviendra par la suite une journaliste renommée tout en poursuivant sa carrière d’actrice et en menant un temps celle de mannequin. Le motif de ces films s’inspire beaucoup de la vogue des études, plus ou moins sérieuses, réalisées à cette époque-là sur les mœurs de telle ou telle population (comme le rapport Kinsey pour le cas des Etats-Unis) et qui, au-delà de leur intérêt sociologique, représentaient un sujet racoleur facilement exploitable par les médias… et le cinéma ! A tel point que le mot report (le rapport) apparaît souvent dans le titre des films, fonctionnant comme un élément de langage promettant un certain voyeurisme sous couvert d’enquête. Le mot ne figure pas dans le titre de ce film mais l’argument utilisé est très proche, comme l’illustre la scène introductive.

Les premières minutes nous présentent, presque à la manière d’un guide touristique, la ville de Munich, son architecture, son histoire, ses fleurons, exposé très didactique entrecoupé de quelques situations comiques (comme celle d’un noir en costume bavarois remettant à l’ordre un dragueur un peu lourd à la sortie du métro). On nous explique ensuite que 15'000 jeunes filles viennent de l’extérieur mais que seule la moitié est inscrite dans le registre des étudiantes. Que peut bien faire l’autre moitié ? Poser cette question-là en ouverture d’un film comme celui-ci, c’est déjà sous-entendre que leurs activités dans la grande ville pourraient bien ne pas être des plus catholiques. S’ensuivent une série de sketches franchement égrillards où l’on suit les aventures friponnes de Cécile, la fille au pair française devenue fantasme absolu de tous les mâles de sa famille d’accueil, d’Inna, la bonne d’enfants venue de la Ruhr qui finira successivement dans les bras de la maîtresse et du maître de maison, d’Elinor, la secrétaire venue de Hambourg qui, sous le surnom de Hausi, exerce ses talents de masseuse en dehors des heures de bureau pour arrondir ses fins de mois, d’Anja l’hôtesse de luxe, se prêtant plus ou moins complaisamment aux fantaisies de riches satyres, d’Annette débarquée de sa campagne en chemise de montagnarde pour chercher du travail et qui pose nue pour un peintre avant de passer dans son lit, et de Betty, qui pose, elle, en tenue d’Eve pour un photographe avant d’épouser un riche fermier qui fermera les yeux sur ses écarts dans l’étable avec le garçon de ferme. Tous ses récits sont narrés par celles qui en sont les personnages principales (à l’exception d’un, raconté par l’huissier de justice Bergensten, retraité rigolard confortablement assis devant une mousse à la table d’un Biergarten) et qui introduisent chaque sketche par une brève présentation faite en regard-caméra.

Le principe de chacune de ces historiettes est le même : il oppose la candeur de jeunes et belles provinciales (ou étrangères) aux désirs libidineux des Munichois, qui en finissent souvent pour leurs frais, les ingénues s’avérant en général plus malines qu’elles n’y paraissent tout d’abord. La plus amusante est peut-être la première, dans laquelle une jolie brune débite un allemand scolaire avec un accent français surjoué, entrecoupant ses paroles (et ses cris d’extase), de mots français ou alors de mots pseudo-teutoniques aussi improbables que « drolisch », s’interrompant régulièrement pour demander à ses hôtes, en toute innocence, ce que peut bien signifier le verbe rammeln ou le mot Zipfel… Dans la famille Kasbauer qui l’héberge, le père et le fils se sont vantés dans leur cercle d’amis d’avoir obtenu les faveurs de la jeune fille au pair, ce qui provoque, du côté des jeunes gens comme de celui des patriarches bedonnants, une vague de visites nocturnes à sa chambre grâce à l’échelle du jardin, visites suivies d’une farce qu’elle leur joue et qui n’aurait pas dépareillé dans le Satyricon de Pasolini !

Le reste est du même tonneau. Des bretzels, quelques casquettes militaires, des chopes à couvercle de porcelaine, et beaucoup de jolies filles nues et délurées. « Ça me fait tomber les chaussettes toutes seules ! » s’exclame l’inspecteur-chef Huber, dilapidant tout son salaire du mois dans les massages de plus en plus intimes de la blonde Elinor qui, non contente de tourner sans cesse autour du pot, lui démonte méthodiquement le dos à coups de genoux et de talons aiguilles. On pourrait pousser la même exclamation à l’issue de ce long métrage, alors que l’ultime image, très flower power, nous montre toutes les héroïnes réunies dans une voiturette peinturlurée de fleurs et fonçant sur une grande avenue munichoise. Drôle de film en effet mais, comme le gémit la jolie Cécile au moment où Pepi, le fils de la famille Kasbauer, parvient enfin à faire sa petite affaire : « Ich liebe München ! »

 

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