Réalisateur : Yang Chia-jun

Pays : Taiwan

Année : 1981

The Lady Avenger 02

Ce film n’est pas une antiquité mais le visionner procure l’impression d’une découverte archéologique. Projeté grâce à la copie d’une pellicule de mauvaise qualité rongée par les moisissures, ce long métrage atteint peut-être la limite de ce qu’il est décemment possible de montrer en salles. Balayé constamment par des stries vertes et rouges, amputé par endroits de plans entiers, accompagné de sous-titres chinois et anglais à peine lisibles à cause de leur taille, du flou et de la luminosité, ce film semble avoir traversé tous les déluges et tous les cataclysmes pour parvenir jusqu’à nous.

The Lady Avenger est symptomatique d’un genre de film noir en vogue à Taiwan entre 1979 et 1983, dans une époque troublée marquée par une relative libération culturelle et de nombreux attentats politiques. Ceux qui s’y intéressent se tourneront vers le documentaire Taiwan Black Movies (Hou Chi-tan, Taiwan, 2005) qui retrace l’histoire de cette filmographie très populaire et marquée par une production très rapide. Le film qui nous intéresse ici s’inscrit dans la catégorie du rape and revenge, genre qu’on trouve également exploité dans le cinéma américain ou sud-coréen (je pense notamment au Sympathy for Lady Vengeance de Park Chan-wook) et qui met en scène la révolte et la revanche d’une femme violée contre ses agresseurs. Le film est de plus réalisé par une femme, ce qui est plutôt rare dans le cinéma taïwanais. Il s’agit toutefois d’un travail de commande, l’actrice principale ayant été imposée par la production, et le scénario écrit ensuite.

Le film s’ouvre avec un générique qui est une succession de plans fixes qui sont autant d’arrêts sur image présentant les moments les plus dramatiques du long métrage qui va suivre. Ainsi plus de surprise, tout est déjà révélé et montré dès les deux premières minutes ! L’histoire commence avec une actrice qui, quittant un tournage publicitaire en pleine campagne, se fait prendre en autostop par un homme qui va abuser d’elle. Elle porte plainte mais son agresseur, M. Li, est l’héritier d’une grande banque, il nie tout en bloc et semble intouchable. Une journaliste, indignée par cette injustice, décide de réaliser un reportage sur ce thème du viol et de l’impunité, qui est devenu selon elle un vrai problème de société dans l’île de Beauté. Au cours de ses investigations, elle est elle-même victime d’une agression sexuelle de la part de quatre ivrognes puis, plus tard la même nuit, de l’affreux M. Li, qui cherche à l’humilier et à la décourager d’entreprendre cette enquête. La scène de viol, relativement longue, choisit d’adopter le point de vue de l’héroïne, qui voit successivement se pencher sur elle les visages grimaçants des voyous, parfois grimés de façon grotesque pour renforcer l’effet monstrueux. La réalisatrice ne se contente alors pas de critiquer les violences faites aux femmes par certains hommes mais également la lâcheté d’autres hommes, leur indifférence ou leur tendance à mépriser les victimes plutôt que les abuseurs. La journaliste finira ainsi par rompre avec son fiancé Wang, un ingénieur, sur qui elle pensait pouvoir compter mais qui, au lieu de la soutenir et de la venger, s’éloigne d’elle comme d’une femme impure après son agression. Un propos qui, dans le contexte du lieu et de la période, s’inscrit dans une critique féministe.

La jeune fille finira par retrouver chacun de ses agresseurs qu’elle assassinera un à un, tantôt d’un coup de sabre dans le ventre tantôt en les accrochant à un croc de boucher, ainsi que M. Li, qui la poursuivra dans une maison déserte (le plan où il brise la porte derrière laquelle elle se trouve à coups de hache est un clin d’œil explicite au Shining de Kubrick) avant de se laisser abattre et de purger enfin ses crimes. Tout cela sur fond de saxophone et d’un thème obsédant fait de trois notes de piano qui revient lors de chaque scène un peu dramatique. Sans parler d’un des tics propres à ce genre de cinéma (et qui a très mal vieilli), les fameuses voix qui résonnent jusqu’à donner la migraine… On est loin du chef-d’œuvre mais Lady Avenger témoigne d’un style et d’une époque, c’est en cela qu’il est intéressant.

 

Voir le film en intégralité