19 avril 2013

Vampyros Lesbos : pour quelques zooms de plus…

Réalisateur : Jesus Franco

Pays : Espagne et Allemagne

Année : 1970

Vampyros Lesbos

L’avantage de cette rubrique, c’est qu’elle ne m’impose aucune barrière de temps, de lieu ou de genre et que je ne me donne pas d’autres limites, dans le choix d’un film, que celle de ma curiosité. L’inconvénient, c’est bien sûr l’embarras du choix lorsque je me retrouve devant ma collection et que je me demande : de quoi vais-je bien pouvoir parler cette semaine ? Dans ces cas-là, il peut être pertinent de se laisser porter par une actualité. Ainsi, nous apprenions la semaine dernière le décès de Jesus Franco, le grand pape européen du nanar, l’homme aux pseudonymes divers et aux titres de films farfelus, que j’avais eu le plaisir de rencontrer en 2008 lorsque le NIFFF l’avait invité à l’occasion d’une rétrospective de son œuvre. Il était déjà âgé et ne se déplaçait qu’en fauteuil roulant, nous nous étions retrouvés assis côte à côte lors d’une projection et nous avions discuté d’une de ses petites merveilles que j’avais beaucoup apprécié (je l’avais programmé dans le tout premier Cycle du Salon) et qui s’intitulait Une Vierge chez les Morts-Vivants. J’ai donc appris sa disparition avec une certaine émotion et me suis dit que ce serait l’occasion de parler un peu de ce réalisateur boulimique généralement méprisé par les cinéphiles “sérieux” en raison de son rattachement au cinéma dit d’exploitation.

Le problème est donc résolu, je parlerai d’un film de Jesus Franco. Oui, mais le quel ? C’est qu’il en a réalisé plus de 180, le bougre ! J’en ai toute une série sous la main mais je ne sais pas lequel choisir. Il a adapté Edgar Poe, Lovecraft, Sade, Defoë, Shelley… Je parcours les titres : Trois Filles Nues dans l’Île de Robinson (1972), Les Exploits Erotiques de Maciste dans l’Atlantide (1973), La Fille au Sexe Brillant (1975), Le Cri d’Amour de la Déesse Blonde (1977), Deux Espionnes avec un Petit Slip à Fleurs (1980)… Me voilà repris par l’embarras du choix ! Je vous parlerai finalement de Vampyros Lebos, pour lequel j’ai opté un peu au hasard et qui en vaut certainement bien un autre.

Réalisé sous le pseudonyme de Franco Manera, ce film n’est autre que la version féminine et lesbienne duDracula de Bram Stoker, l’ensemble des personnages du roman (le comte Dracula, Jonathan Harker, le professeur Van Helsing, Renfield) ayant ici leurs correspondants. On pense également à Sheridan Le Fanu et à son roman Carmilla, première apparition littéraire d’un vampirisme lesbien. Linda (Ewa Strömberg), employée du cabinet Simpson & Simpson, se rend sur une petite île anatolienne d’Anatolie pour s’occuper d’une question d’héritage auprès de la comtesse Nadine Carody (Soledad Miranda), belle brune au regard inexpressif. Or, il se trouve que celle-ci, non contente de s’adonner aux plaisirs saphiques et de donner des spectacles de strip-tease dans un cabaret d’Istanbul, est une vampire et qu’elle a l’intention d’initier Linda et d’en faire sa sœur dans le crime. Le Dr Seward (Denis Price), spécialiste du vampirisme, va tenter de sauver l’âme de Linda mais il a affaire à bien plus fort que lui. Notons qu’on retrouve également le cinéaste lui-même dans un petit rôle, celui de Memmet, un domestique sadique qui torture des femmes dans sa cave.

Vampyros Lesbos est assez représentatif d’une partie de la cinématographie de Franco. Les variations subites et inexplicables d’éclairage, les faux raccords, les plans de coupe énigmatiques (un cerf-volant dans le ciel, un scorpion qui se noie dans une piscine), la prééminence de la musique (The Lion and the Cucumber, un jazz-pop envoûtant avec beaucoup de synthétiseur), l’érotisme omniprésent, les gros plans sur les regards, les longueurs, le jeu approximatif, tout y est. Et surtout ces zooms et ces dézooms incessants, gratuits, compulsifs ! J’ai compté, durant certains moments du film, pas moins de trois à quatre zooms par minute ! A déconseiller les soirs de migraine donc.

 

Bande-annonce

 

Posté par David L Epee à - - Commentaires [0] - Permalien [#]


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