Réalisateur : Jacques Demy

Pays : France

Année : 1970

Peau d'ane

Servi entre autres par l’excellent binôme Catherine Deneuve - Jean Marais, cette adaptation féerique du conte de Perrault – que je ne vous ferai pas l’offense de vous résumer – porte en elle un charme qui ne vieillit pas, un charme à base de couleurs, d’oiseaux, de fleurs, de chansons et d’un récit simple dont le réalisateur a su tirer tout le potentiel romanesque.

La couleur occupe en effet une place très importante dans ce film. A la cour du roi, tout est bleu : des chevaux jusqu’à la peau des serviteurs en passant par les habits, les meubles, la tranche des livres ou les plumes du paon qui parade dans la cour du château. A la cour du prince par contre, c’est le rouge qui domine selon les mêmes modalités. Lors du mariage du prince rouge et de Peau d’Âne, fille du roi bleu, le dressing code s’est fixé sur le blanc le plus immaculé. Un clin d’œil au drapeau français ? Plus certainement une invention esthétique censée amener un élément fantastique dans ce Moyen-Âge légendaire. Cette fantaisie se trouve dans de nombreux autres éléments du décor : le manteau du roi qui le fait ressembler à une sorte de scarabée, le cercueil sphérique de la reine, rempli de pétales et recouvert de verre, la robe couleur du temps sur laquelle on voit défiler les nuages, la pauvre chaumière de Peau d’Âne brillant de mille éclats malgré sa misère apparente, la référence au marquis de Carabas empruntée au Chat Botté. Sans parler de quelques anachronismes amusants, notamment autour du personnage de la marraine de Peau d’Âne, une fée qui a la capacité de voir dans l’avenir : des piles électroniques, des poèmes du XXème siècle, des références à Freud, un hélicoptère apportant le roi au mariage de sa fille…

Bien que le récit soit fidèle au conte, Demy se permet certaines fantaisies, notamment dans les textes de ses chansons (fort bien écrites et aux mélodies très plaisantes) ou quand il joue sur les mots, comme lorsque le conte parle du père du prince comme d’un roi à la barbe fleurie et qu’il représente le roi en question avec de vraies fleurs jaillissant de sa barbe… Cette inventivité se met le plus souvent au service d’une atmosphère très poétique pleine d’arbres fruitiers en fleurs, de colombes, de perroquets, de banquets en plein air, d’amants naviguant sur des barques fleuries, de plans montrant l’héroïne, cachée sous sa peau d’âne, courant dans un léger ralenti à travers la forêt. Un très beau film dont se dégage une bonne humeur et un optimisme communicatifs.

 

 

La phrase du film

Le mage du roi auquel ce dernier est venu demander conseil et répondant à la question de savoir s’il avait une fille : « Malheureusement non. Mais si j’en avais une, je l’épouserais certainement. »

 

Voir la bande-annonce